L'image m'intéresse depuis longtemps. Je puise en général dans le stock d'images existantes (internet, photos de famille, archives...) et les manipule ; tour à tour gravées dans du PVC, imprimées sur soie et détissées, imprimées et déformées, latentes et n'apparaissant que dans une buée. Je questionne sans cesse le support matériel et virtuel de la photographie et fait référence à son histoire (lumière, photogrammes, lanternes magiques, planéité de la surface, liens avec la transparence...). Le ténu, l'inframince est toujours présent en filigrane.

En voulant passer à travers l'image, en touchant à la limite de la perception, ne sont restés que des fragments, des couleurs... presque rien.

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Stéphanie Letessier, méandres de l'image

 

Stéphanie Letessier travaille en série des images qu’elle déforme. Sa création artistique puise ses supports dans des images déjà existantes. Une raison à cela, dans un monde quasiment saturé d’images, la volonté de ne pas en créer de nouvelles fait partie de sa pratique. Ainsi cette récupération ne confère à ses gestes que la mise en forme.

Elle tort, détourne, transpose. Cette déformation brouille l’image, lui confère une existence d’objet, de sculpture. Les altérations générées sont comme autant de plis dévoilant la complexité à la fois plastique et humaine d’un cliché. Les photos servant ce protocole proviennent en partie des collections familiales ou d’internet. Malgré cette origine paradoxale, l’artiste les considère comme une porte ouverte sur les souvenirs de chacun. Elles sont des images collectives.

La transparence de ces objets mémoriels, conduit à donner un caractère immatériel à l’image et à la rendre fugace, mentale, plus qu’une archive ou un document.

 

À chaque fois l’image offerte au regard est un fragment, une image qui ne se dévoile pas. Une image rémanente, mais qui est incomplète. Elle contrarie notre regard qui ne peut saisir l’intégralité de l’image source. Dans ces lacunes se construit notre absorption empathique. Comme le souvenir peut être flou ou incomplet, les oeuvres de Stéphanie Letessier constituent un archivage universel. Non comme une base de données mais comme une source de ressentis physiques et mentaux.

Ghislain Lauverjat, revue Laura n20

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Les œuvres de Stéphanie Letessier nous initient aux sensations, au vécu, à l’humain. Elle explore la notion de récit et de temps en expérimentant les possibles de la photographie et de l’image.

 

Le spectateur est toujours placé en terrain connu, le prenant par l’intime, l’invitant à se projeter mentalement.

 

Ces  émulsions photographiques  nous  donnent l’impression d’un temps suspendu.  Les œuvres fonctionnent comme des condensateurs de temps afin de faire frémir en nous une mémoire et des souvenirs. Elles s’adressent d’abord aux émotions, puis, plusieurs degrés de lecture  apparaissent.

 

Clin d’œil ici sur notre manière de percevoir le monde et  les autres. Son travail  vise à une définition poétique de la conscience spectatrice…

 

Capacité à réveiller la curiosité du regardeur…

 

Il se dégage rapidement un curieux sentiment de familiarité qui nous donne l’impression de parler de quelque chose de connu. Ces travaux peuvent s’apparenter à des reconstitutions, fonctionner comme des embrayeurs de mémoire, comme des éveilleurs de souvenirs, tant les éléments qui les composent ont des allures d’indices, simultanément factices et pleins d’une présence difficile à qualifier. Une histoire est en cours…

La familiarité éprouvée est peut‐être celle d’un passé encore proche et sensible, mais elle est avant tout celle des lieux communs de l’expérience et du vivant. Elle est intemporelle.

 

C’est notre propre culture collective et populaire que ces œuvres transposent en décors et en anecdotes, qu’elles invitent à regarder comme les reliefs d’une époque récente, où ce que nous savons du monde d’aujourd’hui semblait simple et maladroit, parfois cocasse, inconsciemment. Notre vie de tous les jours, avec ses micro‐événements et ses habitudes, Stéphanie Letessier la transforme en mémoire collective.

 

Aurore Bunel